Guide pratique

Heures de nuit dans le BTP : définition, majoration et contreparties.

La plage légale, la différence entre une heure de nuit et le statut de travailleur de nuit, les durées maximales, le repos compensateur, et où trouver le taux de majoration qui s'applique à votre entreprise.

Par Franck Ramarojohn Publié le 14 septembre 2026, mis à jour le 2 novembre 2026 9 min de lecture

Dans le BTP, les heures de nuit sont celles accomplies entre 21 heures et 6 heures. C'est la plage retenue par le code du travail à défaut d'accord collectif (article L. 3122-20), et c'est aussi celle de l'accord collectif national du 12 juillet 2006 relatif au travail de nuit dans le bâtiment et les travaux publics, étendu par arrêté du 14 juin 2007.

Sur la majoration, la réponse déçoit souvent : aucun taux n'est fixé par la loi, et il n'existe pas de taux national pour les ouvriers du bâtiment. Le code impose des contreparties, et l'accord national de 2006 renvoie la compensation financière au niveau de l'entreprise. Pour les ETAM du bâtiment, la convention nationale majore en revanche de 100 % le travail de nuit exceptionnel. Le pourcentage que vous appliquerez se lit dans votre convention collective régionale, dans la convention des ETAM et dans votre accord d'entreprise. Voici comment le retrouver, et tout ce qui est, lui, obligatoire.

La définition légale du travail de nuit

Deux articles suffisent à poser le cadre :

  • Article L. 3122-2 : « Tout travail effectué au cours d'une période d'au moins neuf heures consécutives comprenant l'intervalle entre minuit et 5 heures est considéré comme du travail de nuit. La période de travail de nuit commence au plus tôt à 21 heures et s'achève au plus tard à 7 heures. »
  • Article L. 3122-20 : à défaut de convention ou d'accord collectif, tout travail accompli entre 21 heures et 6 heures est considéré comme du travail de nuit.

Un accord peut déplacer la fenêtre, à condition de garder neuf heures consécutives incluant minuit à 5 heures. Certains textes régionaux du bâtiment retiennent une plage plus large que l'accord national.

Le recours au travail de nuit n'est par ailleurs pas libre. L'article L. 3122-1 pose qu'il doit rester exceptionnel, prendre en compte la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, et être justifié par la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale.

Le travail de nuit est interdit aux salariés de moins de 18 ans, apprentis compris (article L. 3163-2). Pour eux, la nuit s'étend de 22 heures à 6 heures entre 16 et 18 ans, et de 20 heures à 6 heures avant 16 ans (article L. 3163-1). Une salariée enceinte peut demander à être affectée à un poste de jour (accord du 12 juillet 2006, article 9).

Heure de nuit ou travailleur de nuit : la distinction qui commande tout

Faire des heures de nuit et être un travailleur de nuit sont deux choses différentes, et la seconde entraîne un régime beaucoup plus lourd. L'article L. 3122-5 définit le travailleur de nuit comme celui qui accomplit, selon son horaire habituel, au moins deux fois par semaine au moins trois heures de travail de nuit quotidiennes, ou un nombre minimal d'heures de nuit sur une période de référence. L'accord national BTP du 12 juillet 2006 chiffre ces seuils à son article 2 : au moins deux fois par semaine, au moins trois heures de travail effectif quotidien entre 21 heures et 6 heures, ou au moins 270 heures dans cette plage sur douze mois consécutifs.

Heures de nuit ponctuellesStatut de travailleur de nuit
SeuilEn dessous des seuils de l'accord2 nuits par semaine avec 3 heures, ou 270 heures sur 12 mois
Durée quotidienne maximale10 heures (droit commun)8 heures, portée à 12 heures pour certaines activités avec un repos équivalent
Durée hebdomadaire maximaleRègles de droit commun40 heures en moyenne sur 12 semaines, 44 heures pour la maintenance-exploitation et les services
Repos compensateur spécifiqueNonOui, 1 jour de 270 à 349 heures, 2 jours à partir de 350 heures
Suivi médical régulierSuivi de droit communOui, suivi individuel régulier
Majoration conventionnelleSi un texte la prévoitSi un texte la prévoit

Un maçon qui fait deux nuits de coulage dans l'année fait des heures de nuit, mais il n'est pas travailleur de nuit : les durées maximales réduites et le repos compensateur de l'accord ne le concernent pas. Les majorations prévues par votre clause régionale, par la convention des ETAM ou par un accord d'entreprise, elles, restent dues. S'il n'en existe aucune, la compensation se décide au niveau de l'entreprise (accord du 12 juillet 2006, articles 5 et 11).

Les durées maximales du travailleur de nuit

Le code fixe un plafond quotidien de huit heures (article L. 3122-6) et une moyenne hebdomadaire de quarante heures sur douze semaines consécutives (article L. 3122-7). L'accord BTP du 12 juillet 2006 reprend ces limites à son article 4, avec deux ouvertures : douze heures par jour pour certaines activités, avec un repos équivalent au dépassement, et quarante-quatre heures en moyenne sur douze semaines pour la maintenance-exploitation et les services.

Les contreparties obligatoires

L'article L. 3122-8 est court et sans ambiguïté : « Le travailleur de nuit bénéficie de contreparties au titre des périodes de travail de nuit pendant lesquelles il est employé, sous forme de repos compensateur et, le cas échéant, sous forme de compensation salariale. »

Le repos compensateur est donc obligatoire, la compensation salariale ne l'est qu'« le cas échéant ». L'accord national BTP du 12 juillet 2006 chiffre le premier à son article 5 :

  • de 270 à 349 heures accomplies entre 21 heures et 6 heures : 1 jour de repos ;
  • à partir de 350 heures : 2 jours de repos.

Sur la compensation financière, le même article 5 dispose que « les heures de travail accomplies entre 21 heures et 6 heures font l'objet d'une compensation financière déterminée au niveau de l'entreprise, après consultation des représentants du personnel », et que cette compensation ne se cumule pas avec les majorations pour heures supplémentaires.

L'article 6 ajoute des garanties concrètes de chantier pour les salariés qui travaillent habituellement de nuit : transport, indemnité de panier, et une pause de trente minutes pour tout poste de nuit d'une durée égale ou supérieure à six heures. Pour une nuit isolée, c'est la pause légale d'au moins 20 minutes consécutives qui s'applique (article L. 3121-16), sauf clause régionale ou accord plus favorable.

Où trouver le taux de majoration qui s'applique chez vous

Point important, et rarement écrit ailleurs : dans la convention collective nationale des ouvriers du bâtiment (IDCC 1596 et 1597), les majorations pour heures de nuit ne figurent pas dans les clauses nationales. Elles relèvent des clauses régionales ou départementales, négociées à l'échelon régional (article 1-3 de la convention). Il n'y a donc pas de pourcentage national à recopier pour les ouvriers.

Pour les ETAM du bâtiment, en revanche, la convention nationale (IDCC 2609, article 3.2.3) majore de 100 % les heures faites de nuit, entre 20 heures et 6 heures, en raison de circonstances exceptionnelles. Seule la majoration la plus élevée s'applique quand plusieurs se cumulent, et les heures supplémentaires faites de nuit sont récupérées par un repos de même durée. Pour le travail de nuit habituel des ETAM, aucun taux national n'est fixé.

Un exemple chez les ouvriers : l'article 2.1 de l'accord du 3 octobre 2014 mettant à jour la convention régionale du Nord-Pas-de-Calais, rattaché aux conventions des ouvriers du bâtiment de 1990, majore « à 100 % » le travail de nuit exceptionnel effectué « de 20 heures à 6 heures du matin », que l'accord définit par un seuil d'heures. Texte en vigueur non étendu : il vaut pour sa région, pas pour une entreprise de Gironde, et retient une plage plus large que l'accord national.

Côté travaux publics, même logique : la convention nationale des ouvriers des travaux publics du 15 décembre 1992 (IDCC 1702) ne fixe pas de taux dans son texte de base, elle renvoie les majorations aux avenants de spécialités. L'avenant du 22 décembre 2011 propre aux ouvriers des travaux de voies ferrées majore ainsi, à son article 3, de 30 % les heures de 21 à 23 heures et de 5 à 6 heures, de 50 % celles de 23 à 5 heures, et de 100 % le travail de nuit exceptionnel. En vigueur non étendu, et limité à cette spécialité.

La démarche à suivre tient en trois étapes : relever l'IDCC sur le bulletin de paie, ouvrir sur Légifrance la convention régionale correspondante, puis vérifier si un accord d'entreprise prévoit mieux.

Heure de nuit et heure supplémentaire : le cumul

Ce sont deux qualifications indépendantes. Une heure de nuit est une heure placée dans une plage horaire, une heure supplémentaire est une heure au-delà de trente-cinq heures dans la semaine. Une même heure peut être les deux à la fois.

Les majorations, elles, ne s'additionnent pas automatiquement : l'accord national BTP du 12 juillet 2006 prévoit expressément que sa compensation financière du travail de nuit ne se cumule pas avec les majorations pour heures supplémentaires. Pour le travail de nuit exceptionnel, la règle de non-cumul vient d'autres textes : la convention des ETAM (article 3.2.3) et les clauses régionales des ouvriers, comme celle du Nord-Pas-de-Calais, ne retiennent en général que la majoration la plus élevée. C'est une clause à lire avant d'établir la paie, pas après.

Le suivi médical

L'article L. 3122-11 prévoit que tout travailleur de nuit bénéficie d'un suivi individuel régulier de son état de santé, dans les conditions de l'article L. 4624-1. Concrètement, le travailleur de nuit passe une visite d'information et de prévention avant d'être affecté au poste (article R. 4624-18), puis bénéficie d'un suivi adapté, au moins tous les trois ans (article R. 4624-17).

Exemple : une nuit d'intervention

Un chantier de réfection sous circulation, intervention de nuit unique, pour une entreprise dont l'horaire de référence est de trente-cinq heures.

CréneauActivitéDécompte
20 h 45 à 21 h 00Arrivée sur le chantier, balisage15 min de travail effectif, hors plage de nuit
21 h 00 à 00 h 00Démolition et évacuation3 h dont 3 h de nuit
00 h 00 à 00 h 30Pause de 30 min (au moins 20 min consécutives exigées par la loi ; 30 min obligatoires pour les salariés travaillant habituellement de nuit, accord du 12 juillet 2006, article 6)Non décomptée
00 h 30 à 05 h 00Reprise, réfection, repli4 h 30 dont 4 h 30 de nuit
TotalPoste de 8 h 15 d'amplitude7 h 45 de travail effectif, dont 7 h 30 de nuit

Le salarié reste sous le plafond de huit heures de travail effectif. Les 7 h 30 comprises entre 21 heures et 6 heures sont des heures de nuit, à traiter selon le texte applicable. Si la semaine dépasse trente-cinq heures, les heures au-delà sont aussi des heures supplémentaires, sans cumul des deux majorations lorsque l'accord de 2006 s'applique : voir le calcul des heures supplémentaires en BTP. Pour un ETAM du bâtiment appelé pour des circonstances exceptionnelles, les 7 h 45 tombent toutes dans la plage de 20 heures à 6 heures de l'article 3.2.3 et sont majorées de 100 %.

Pour aller plus loin

Une nuit d'intervention se perd vite dans une feuille mensuelle remplie de mémoire. Chantero enregistre et exporte les heures d'arrivée et de départ de chaque pointage, ce qui permet de repérer celles qui tombent entre 21 heures et 6 heures ; il ne calcule ni les heures de nuit ni leur compteur annuel des 270 heures, à tenir à part.

Sources et textes de référence

Textes consultés pour cet article, vérifiés le 14 septembre 2026, revus le 2 novembre 2026. Les conventions régionales évoluent : reportez-vous toujours au texte en vigueur à la date de la paie et à l'IDCC figurant sur vos bulletins.

Questions fréquentes

À partir de quelle heure parle-t-on de travail de nuit dans le BTP ? +

À défaut d'accord collectif, tout travail accompli entre 21 heures et 6 heures est du travail de nuit (article L. 3122-20 du code du travail). L'accord national du 12 juillet 2006 applicable au bâtiment et aux travaux publics retient la même plage de 21 heures à 6 heures. Un accord peut retenir une autre période d'au moins neuf heures consécutives comprenant l'intervalle de minuit à 5 heures.

Quel est le taux de majoration des heures de nuit dans le bâtiment ? +

Pour les ouvriers du bâtiment, il n'existe pas de taux national. Le code du travail impose des contreparties mais ne fixe aucun pourcentage, l'accord national BTP du 12 juillet 2006 renvoie la compensation financière au niveau de l'entreprise, et les majorations pour heures de nuit relèvent des clauses régionales. Pour les ETAM du bâtiment, en revanche, la convention nationale (article 3.2.3) majore de 100 % les heures faites de nuit, entre 20 heures et 6 heures, en raison de circonstances exceptionnelles. Le taux applicable se lit donc dans la convention régionale, dans la convention des ETAM et dans l'accord d'entreprise.

Un salarié qui fait une seule nuit est-il un travailleur de nuit ? +

Non. Selon l'accord national du 12 juillet 2006, le travailleur de nuit accomplit au moins deux fois par semaine au moins trois heures de travail effectif entre 21 heures et 6 heures, ou au moins 270 heures dans cette plage sur douze mois. En dessous, le salarié fait des heures de nuit sans avoir le statut.

Les heures de nuit et les heures supplémentaires se cumulent-elles ? +

Une même heure peut être à la fois une heure de nuit et une heure supplémentaire : ce sont deux qualifications distinctes. En revanche les majorations, elles, ne se cumulent pas toujours. L'accord national BTP du 12 juillet 2006 prévoit que la compensation financière du travail de nuit ne se cumule pas avec les majorations pour heures supplémentaires, et pour le travail de nuit exceptionnel, la convention des ETAM ne retient que la majoration la plus élevée. Vérifiez le texte applicable à votre entreprise.

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