Guide pratique

Registre du temps de travail dans le BTP : ce que vous devez tenir.

Affichage de l'horaire, décompte quotidien, récapitulation hebdomadaire, registre unique du personnel, durées de conservation et sanctions : le cadre exact pour une entreprise de 3 à 20 salariés.

Par Franck Ramarojohn Publié le 15 septembre 2026 7 min de lecture

L'inspection du travail passe sur un chantier, ou un salarié saisit les prud'hommes, et la même phrase revient : « présentez-nous le registre. » Beaucoup sortent alors le registre unique du personnel, qui ne contient pas une seule heure de travail : ce n'est pas le bon document. Voici ce que la loi impose, à jour au 15/09/2026, dans une entreprise de 3 à 20 salariés.

Le « registre du temps de travail » n'existe pas sous ce nom

Cherchez l'expression dans le Code du travail : vous ne la trouverez pas. Ce que la loi impose, ce sont trois obligations distinctes, qui n'ont ni le même objet, ni la même sanction, ni la même durée de conservation :

  1. L'affichage de l'horaire collectif, quand toute l'équipe travaille aux mêmes heures.
  2. Le décompte individuel des heures, dès que les horaires diffèrent d'un salarié à l'autre. C'est le cas de la quasi-totalité des entreprises du bâtiment.
  3. Le registre unique du personnel, qui liste les salariés embauchés et ne comporte aucune heure.

Prenons-les dans l'ordre.

Cas 1 : toute l'équipe sur le même horaire, l'affichage suffit

L'article L. 3171-1 du Code du travail impose à l'employeur d'afficher les heures auxquelles commence et finit le travail, ainsi que les heures et la durée des repos. L'article D. 3171-1 précise que cet horaire s'applique à toute l'équipe et qu'aucun salarié ne peut être employé en dehors de celui-ci, sous réserve des heures supplémentaires et des dérogations permanentes.

Deux détails comptent pour le bâtiment. L'horaire doit être daté et signé par l'employeur ou son délégataire, et affiché en caractères lisibles (article D. 3171-2). Employés à l'extérieur, ils relèvent de l'horaire affiché dans l'établissement auquel ils sont attachés, au dépôt ou au siège, pas sur chaque chantier. Toute modification donne lieu à une rectification affichée avant son application (article D. 3171-3).

Dans une entreprise où l'équipe part du dépôt à 7 h et rentre à 17 h tous les jours, l'affichage suffit. Un salarié en formation, un autre à temps partiel, un troisième en astreinte, et vous basculez dans le cas 2.

Cas 2 : des horaires qui diffèrent, le décompte individuel devient obligatoire

C'est la situation normale du BTP. Dès que les salariés d'une équipe ne suivent pas le même horaire collectif, l'article L. 3171-2 impose à l'employeur d'établir les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés.

Le contenu est fixé par l'article D. 3171-8, et il tient en deux lignes :

  • Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail, ou par le relevé du nombre d'heures accomplies.
  • Chaque semaine, par récapitulation, selon tous moyens, du nombre d'heures accomplies par chaque salarié.

Retenez la formule « selon tous moyens » : la loi n'impose aucun support. Un carnet, un tableur, une feuille de pointage, une application mobile, tout convient. Ce qu'elle impose, c'est la fréquence : chaque jour et chaque semaine. Un relevé reconstitué le 30 du mois de mémoire ne satisfait pas l'article D. 3171-8, même si le total est juste.

Le document mensuel annexé au bulletin de paie

Point souvent oublié : dans cette même situation d'horaires non collectifs, l'article D. 3171-12 impose un document mensuel par salarié, dont le double est annexé au bulletin de paie. Il comporte notamment le cumul des heures supplémentaires accomplies depuis le début de l'année, les heures de repos compensateur de remplacement acquises et celles effectivement prises dans le mois.

Le décompte ne reste donc pas dans votre tiroir : une partie repart chaque mois avec la paie.

Cas 3 : le registre unique du personnel, à ne pas confondre

C'est une obligation différente. L'article L. 1221-13 impose de le tenir dans tout établissement employant des salariés, avec les noms et prénoms inscrits dans l'ordre des embauches, de façon indélébile et au moment de l'embauche.

L'article D. 1221-23 liste les mentions complémentaires : nationalité, date de naissance, sexe, emploi, qualification, dates d'entrée et de sortie et type de contrat. Aucune heure de travail n'y figure. Il est tenu à la disposition du CSE et des agents de contrôle (article L. 1221-15) et ses mentions sont conservées cinq ans après le départ du salarié (article R. 1221-26).

Combien de temps conserver quoi

L'article L. 3171-3 impose de tenir à disposition de l'agent de contrôle les documents permettant de comptabiliser le temps de travail de chaque salarié. Les durées sont fixées par l'article D. 3171-16 :

  • Un an pour les documents permettant de comptabiliser les heures accomplies par chaque salarié, y compris en horaires individualisés.
  • Un an pour le document récapitulant les heures d'astreinte accomplies chaque mois et la compensation correspondante.
  • Trois ans pour les documents de décompte des jours travaillés des salariés en convention de forfait.

Un conseil qui dépasse le minimum légal : conservez tout trois ans. L'action en paiement du salaire se prescrit par trois ans, et des documents détruits au bout d'un an vous laissent sans preuve sur les deux années restantes.

Ce que l'inspection du travail peut exiger

L'article L. 8113-4 autorise les agents de contrôle à se faire présenter, au cours de leurs visites, l'ensemble des livres, registres et documents rendus obligatoires par le Code du travail. On ne répond pas « je vous envoie ça la semaine prochaine » : les documents doivent être tenus à disposition.

Les sanctions sont des contraventions de quatrième classe, soit au 15/09/2026 une amende pouvant aller jusqu'à 750 € pour une personne physique, et surtout appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés :

Pour douze salariés, l'addition change vite d'échelle.

Devant les prud'hommes, la preuve est partagée

L'article L. 3171-4 organise un régime particulier : en cas de litige sur l'existence ou le nombre d'heures accomplies, le salarié présente des éléments à l'appui de sa demande, et l'employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés. Le juge forme ensuite sa conviction.

Un employeur qui ne produit rien perd le bénéfice du doute. Un tableau rempli après la mise en demeure, avec des horaires ronds et identiques toute l'année, ne convainc personne. Un enregistrement quotidien, horodaté le jour même, chantier par chantier, est exactement l'élément que le texte attend. Le même article ajoute une exigence pour les outils : un système d'enregistrement automatique doit être « fiable et infalsifiable ».

Tableau récapitulatif

DocumentQuand il est dû, ce qu'il contient, combien de temps le garder
Horaire collectif affiché
L. 3171-1, D. 3171-1 à D. 3171-3
Toute l'équipe aux mêmes horaires. Début, fin, repos, daté et signé, affiché au dépôt pour les salariés extérieurs. Affiché en permanence.
Décompte quotidien individuel
L. 3171-2, D. 3171-8, D. 3171-16
Horaires différents entre salariés. Heures de début et de fin de chaque période de travail, chaque jour. À garder 1 an.
Récapitulation par semaine
D. 3171-8
Horaires différents entre salariés. Nombre d'heures accomplies dans la semaine, salarié par salarié. À garder 1 an.
Document mensuel annexé au bulletin
D. 3171-12
Horaires différents entre salariés. Cumul annuel des heures faites au-delà de la durée légale, repos compensateur acquis et pris. Remis chaque mois.
Récapitulatif d'astreintes
D. 3171-16
Astreintes organisées. Heures d'astreinte du mois et compensation versée. À garder 1 an.
Registre unique du personnel
L. 1221-13, D. 1221-23, R. 1221-26
Tout établissement employant des salariés. Identité, emploi, dates d'entrée et de sortie. Aucune heure n'y figure. À garder 5 ans après le départ.

Le minimum vital pour une entreprise de 3 à 20 salariés

  1. Un registre unique du personnel à jour, au siège (article D. 1221-23).
  2. L'horaire de référence affiché au dépôt, daté et signé.
  3. Un enregistrement quotidien des heures de début et de fin, par salarié, le jour même.
  4. Une récapitulation hebdomadaire, par salarié.
  5. Le document mensuel annexé au bulletin de paie.
  6. Un archivage de trois ans, accessible le jour d'un contrôle.

Comment Chantero tient le décompte

C'est exactement le travail que fait Chantero. Chaque salarié enregistre ses heures depuis son téléphone à l'arrivée et au départ, chantier par chantier, avec l'horodatage réel : le décompte quotidien de l'article D. 3171-8 se constitue tout seul, le jour même, sans ressaisie.

La récapitulation hebdomadaire et le récapitulatif mensuel par salarié et par chantier s'éditent en un clic, exportables pour la paie et archivés. Le jour où l'inspection demande les douze derniers mois, la réponse tient en un export. Le suivi des seuils est détaillé sur la page gestion des heures BTP.

Pour aller plus loin

Sources et textes de référence

Textes consultés pour cet article, état du droit vérifié le 15 septembre 2026 sur le Code du travail numérique. Les montants d'amende relèvent du barème des contraventions de quatrième classe du Code pénal.

Questions fréquentes

Le registre du temps de travail est-il obligatoire ? +

Sous ce nom, il n'existe pas dans le Code du travail. Ce qui est obligatoire, c'est le décompte de la durée du travail dès que les salariés ne suivent pas le même horaire collectif : un enregistrement quotidien des heures (début et fin, ou total du jour), et une récapitulation hebdomadaire par salarié (articles L. 3171-2 et D. 3171-8).

Quelle est la différence avec le registre unique du personnel ? +

Le registre unique du personnel liste les salariés dans l'ordre des embauches, avec leur identité, leur emploi, leur qualification et leurs dates d'entrée et de sortie (article L. 1221-13). Il ne contient aucune heure de travail. Le décompte des heures est un document distinct.

Combien de temps faut-il conserver le décompte des heures ? +

Un an pour les documents de comptabilisation des heures et pour le récapitulatif d'astreintes, trois ans pour les décomptes de jours des conventions de forfait (article D. 3171-16). En pratique, conservez trois ans : c'est la durée sur laquelle un salarié peut réclamer un rappel de salaire.

Que risque une entreprise qui ne tient pas de décompte ? +

Une contravention de quatrième classe, jusqu'à 750 € pour une personne physique au 15/09/2026, appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés (article R. 3173-2). Devant les prud'hommes, l'employeur qui ne produit aucun élément sur les horaires réalisés s'expose à voir la demande du salarié retenue (article L. 3171-4).

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